Les premiers écrits remontent à 1520. En 1693, un acte notarial fixe pour la première fois un nom : Malherbes. Nul ne sait l'origine de ce nom. Cinq siècles plus tard, il est toujours là — et les murs aussi.
Au cœur de la Petite Camargue, entre Nîmes et Montpellier, le Grand Malherbes a traversé les guerres, les successions disputées, les fortunes et les ruines. Il a abrité des trésoriers du roi, des nobles émigrés, des républicains dont la fille épousa le petit-fils de Victor Hugo, une amazone aux cheveux courts qui recevait Cocteau et Baroncelli, des ouvriers saisonniers venus récolter des asperges — et depuis 1999, Vincent et Dominique Michel, qui lui rendent, pierre par pierre, ce qu'il avait été.
Cinq siècles d'histoire
Trésoriers du roi, poètes, amazones et asperges1520 — La Métairie de Courrège
Les premiers écrits remontent à 1520, où le domaine n’était qu’une simple métairie, connue sous le nom de la Métairie de Courrège. Malgré la rareté des documents, la métairie a souvent changé de propriétaire pendant les deux siècles précédant la Révolution. Tous issus du milieu local — ils appartenaient à des familles d’Aimargues, de Saint-Laurent-d’Aigouze ou de Marsillargues dont les ancêtres étaient des ménagers, soit des paysans cossus.
Les salons voûtés que l’on traverse encore aujourd’hui datent de cette époque.
1693 — Jacques Fontanes et le nom de Malherbes
L’un de ces propriétaires va marquer durablement l’histoire du domaine. Jacques Fontanes se porte acquéreur de la métairie de Courrège en 1693. C’est à cette époque que l’on voit apparaître pour la première fois sur les actes notariés le nom de Malherbes. Nul ne sait l’origine de ce nom.
Jacques Fontanes agrandit le domaine par l’achat de vignes et de terres et par l’obtention de nombreux fermages sur de grands domaines voisins. Mais il avait aussi des ambitions sociales et quitta Malherbes pour s’installer à Montpellier afin d’occuper une charge importante dans l’administration royale.
En 1704, il se porta acquéreur, pour la somme de 45 000 livres, de l’office de Trésorier Général et Grand Voyer de France. Il mourut en 1713, laissant à sa veuve Gabrielle de Moynier le soin d’élever leur fils Hyacinthe et de diriger le domaine — à la seule condition qu’elle restât veuve.
Hyacinthe Fontanes dut attendre la majorité de 25 ans afin d’exercer sa charge de Trésorier Général, léguée par son père. Il ne négligea pas pour autant le domaine, mais se consacra à sa charge durant un quart de siècle. C’est à cette même période que le domaine fut désigné sous le nom de seigneurie — titre accordé par le Duc d’Uzès, qui était aussi Baron d’Aimargues. Nul ne sait si ce nouveau titre fut accordé en remerciement de services rendus, ou assorti d’une cession de terres ou d’autres avantages accordés au Duc d’Uzès.
Hyacinthe de Fontanes — c’est ainsi qu’il se nommait désormais, du nom de la seigneurie — s’éteignit le 8 novembre 1744 à Montpellier. Sans héritier, sa succession allait s’avérer compliquée.
La succession des Moynier
Quatre parents se virent désigner comme héritiers par un arrêt de la Cour Souveraine du Parlement de Toulouse : les deux nièces de Jacques Fontanes, la sœur et le frère de Gabrielle de Moynier — Louise et Hyacinthe de Moynier. Le Grand Malherbes devint ainsi, pendant quelques années, la copropriété de ces quatre héritiers. Mais avec l’arrivée à l’âge adulte de nouvelles générations et l’augmentation du nombre des ayants droit, la gestion du domaine se compliqua.
Le Grand Malherbes allait tomber progressivement aux mains d’un seul descendant. Claude de Moynier entreprit au fil des années de racheter les parts restantes à ses cousins et tantes. Il mena par ailleurs une brillante carrière militaire, accédant au grade de Lieutenant-colonel au régiment du Limousin, avant d’être nommé Maréchal de Camp en 1782 — premier échelon des officiers généraux. Il reçut au cours de cette décennie — sans que l’on puisse indiquer à quelle date exacte — le titre de Comte, réalisant ainsi le rêve de ses ancêtres et couronnant la lente ascension de sa lignée.
Souvent absent du Grand Malherbes, Claude de Moynier confia à son épouse la gestion du domaine. Mais la Comtesse de Moynier abusa de ses privilèges et de l’influence dont jouissait encore la noblesse. Ce mépris pour les roturiers, pour ceux qui étaient considérés comme des inférieurs, ne fut sans doute pas étranger aux violences dont le Grand Malherbes fut l’objet durant la Révolution.
1792 — La Révolution
La Révolution de 1789 entraîna pour le domaine de grands bouleversements — avec notamment le départ du Comte Claude de Moynier aux Pays-Bas afin de rejoindre l’armée de Condé, où l’appelaient ses fonctions de Maréchal de Camp des armées du Roi.
Par son départ, son épouse la Comtesse de Moynier et sa fille Céleste se retrouvèrent bien seules, face aux sans-culottes, le lundi 2 avril 1792. Le haut du château, la tour et tout le premier étage furent dévastés — meubles et archives furent brûlés. Le départ du Comte pour combattre de l’étranger la Révolution, afin de rendre à Louis XVI tous ses pouvoirs, scella l’avenir de la Comtesse. Tous leurs biens ainsi que le château furent placés sous séquestre, confisqués par application de la loi votée par l’Assemblée Législative du 1er juillet 1792, qui prévoyait notamment la division de tous les grands domaines et leur vente aux enchères.
La vente se déroula du 30 mai au 2 juin 1794. Les 60 lots furent adjugés pour la somme de 51 100 livres. À cette dépossession s’ajouta l’emprisonnement de la Comtesse de Moynier et de sa fille à Nîmes, en octobre 1793.
Charles Bouscharain
Parmi les enchérisseurs, Charles Bouscharain se porta acquéreur d’un nombre important de lots. Le Grand Malherbes était ainsi amputé d’une bonne moitié de ses terres labourables et présentait la majorité de ses bâtiments démolis. Il remit en état l’étage supérieur ainsi que le toit, sans apporter ni embellissement ni modification à ce que l’on continuait à appeler le Château. Bouscharain ne séjournait que très rarement à Malherbes et s’était installé à Marsillargues, où il devint un notable ainsi qu’un riche propriétaire foncier. Pendant le Directoire, il accéda à des fonctions officielles et fut nommé Commissaire du Directoire Exécutif, représentant ainsi le pouvoir central. Mais sa situation financière se dégrada, les plaintes auprès du tribunal de commerce de Montpellier se multipliant, et il dut se contraindre à vendre.
Racheté par la famille Guérin, le domaine fut revendu quarante ans plus tard à Paul Ménard, qui est à l’origine du renouveau du Grand Malherbes. Il resta ainsi dans cette famille et ses descendants durant plus d’un siècle — 125 ans exactement. Avec cette famille, le domaine allait retrouver, et même par instants dépasser, la superficie de terre qu’il avait connue sous le Comte de Moynier, et connaître une prospérité jamais atteinte.
XIXe siècle — Les Ménard-Dorian et Victor Hugo
Paul Ménard fit de brillantes études de droit et épousa Aline Dorian, fille d’un célèbre député puis ministre de la République, Frédéric Dorian. Par admiration pour son beau-père et sa femme, il ajouta leur nom à son patronyme et fut désormais connu sous le nom de Paul Ménard-Dorian. De leur union naquit une fille, Pauline.
Homme reconnu et apprécié localement, Paul Ménard-Dorian devint lui-même député durant quatre législatures, de 1877 à 1893. Il fut nommé secrétaire de la Chambre des députés, présenta plusieurs projets de loi, fut rapporteur du budget de la Marine — et refusa à maintes reprises plusieurs portefeuilles ministériels. À la mort de son beau-père Frédéric Dorian, il hérita par sa femme d’une manufacture d’armement. À la mort de son père, le 2 janvier 1889, il hérita du domaine de Fourques. Ni la gestion d’une entreprise industrielle ni ses activités parlementaires ne l’empêchaient de veiller à la bonne marche de ses deux domaines agricoles.
Devenu ainsi très riche, il développa le Grand Malherbes. Aux bâtiments du domaine, devenus insuffisants du fait de la nouvelle vocation viticole, il fit construire une immense cave pouvant recevoir les milliers d’hectolitres produits ainsi que les pressoirs et autres outils ou matériels nécessaires. Mais c’est surtout par l’acquisition du Petit Malherbes voisin qu’il redonna au Grand Malherbes la superficie qu’il avait connue du temps du Comte de Moynier, à la veille de la Révolution.
À Paris, dans leur hôtel particulier du XVIe arrondissement — et en certaines occasions au Château de Malherbes — Aline Ménard-Dorian exerçait une influence politique de grande importance en donnant des réceptions, bals et dîners. Durant ces soirées où le tout-Paris se pressait, on y croisa Léon Gambetta, Jean Jaurès, Clemenceau, Léon Blum, Émile Zola, Anatole France, André Gide, Georges Duhamel, Marcel Proust — mais aussi de grands noms de la sculpture comme Auguste Rodin, et de la musique, Érik Satie et Georges Auric. Les salons d’Aline accueillaient également Victor Hugo, avec qui les liens d’amitié allaient devenir très étroits.
Des liens d’amitié très étroits s’établirent entre les deux familles au point que leur fille Pauline Ménard-Dorian épousa le petit-fils de Victor Hugo, Georges Hugo. Les Ménard-Dorian furent également présents au chevet du célèbre écrivain et entourèrent le poète durant ses derniers instants, le 22 mai 1885.
Paul Ménard-Dorian resta très actif jusqu’à la fin de sa vie. Il mourut subitement à Paris le 16 avril 1907, à 61 ans — surmené, usé par ses activités et ses multiples déplacements entre Paris et ses domaines situés dans le Sud. Il avait été en outre fort affecté par le divorce de sa fille unique Pauline avec Georges Hugo — divorce qui avait entraîné la brouille définitive des Ménard-Dorian avec elle.
Malgré le décès de son mari, Aline Ménard-Dorian poursuivit et développa son influence dans les milieux politiques et continua également à consacrer temps et argent à des œuvres humanitaires. Son action pendant l’affaire Dreyfus lui valut d’être nommée Présidente de la Ligue des droits de l’homme, charge qu’elle prit très à cœur. Elle portait par ailleurs un certain intérêt à la bonne marche du Grand Malherbes et à son embellissement : elle fit construire sur la façade du château une terrasse reposant sur des arcades, dont s’ouvraient les chambres de l’étage, et fit réaliser une extension pour loger le régisseur. Malgré la brèveté de ses passages rituels et annuels à Malherbes, elle conserva les salons, chambres et pièces que les propriétaires s’étaient toujours réservés dans la partie centrale du Château — plus souvent et plus régulièrement occupés, en réalité, par ses petits-enfants Marguerite et Jean Hugo.
Aline Ménard-Dorian mourut le 28 juin 1929 dans son hôtel parisien de la rue de la Faisanderie.
Marguerite Hugo, dite Maggie — 1931 à 1971
En 1931, la propriété de Malherbes échut à Marguerite Hugo, petite-fille de la défunte. Elle avait grandi entre Aix-en-Provence et Guernesey, lieu de résidence de son arrière-grand-père Victor Hugo. Au début de la Première Guerre mondiale, elle s’était engagée comme infirmière de la Croix-Rouge. Comme elle était l’une des rares femmes à cette époque munies d’un permis de conduire, on lui confia une ambulance pour récupérer les blessés des tranchées. La guerre finie, elle passait ses hivers à Paris chez sa grand-mère, Aline Ménard-Dorian, et aux beaux jours, dans le Midi, à Malherbes, où elle menait une vie d’amazone pour y satisfaire sa passion du cheval.
C’est à l’âge de 35 ans que Marguerite hérita du domaine. C’était un personnage imposant par sa taille et sa carrure, aux cheveux coupés courts, aux yeux bleus au regard vif — autoritaire, mais toujours aussi généreuse.
Dès 1931, elle se sépara du Petit Malherbes en le vendant à la famille Carles, puis entreprit des travaux de rénovation : le rez-de-chaussée avec son enfilade de salons voûtés, vestige du château, fut repris, la cheminée du salon central reconstruite, la monumentale cheminée du petit salon restaurée. Sur le linteau de pierre d’un seul bloc qui la surmontait, furent gravées quelques lignes en provençal par Folco de Javon, marquis de Baroncelli, accueilli fréquemment au domaine. À l’étage, les chambres furent rénovées et dotées d’un confort moderne.
Malherbes connut ainsi une animation d’autant plus brillante que Marguerite dépensait sans compter. Nombreux étaient les amis invités pour des séjours plus ou moins longs. Contrairement à ses grands-parents, Maggie détestait le milieu politique. En revanche, le monde des lettres, des arts et des spectacles était largement représenté parmi ses invités : Jean Cocteau, Louise de Vilmorin, Darius Milhaud, Georges Auric, les actrices Annabella et Marie Bell, l’acteur Jean Murat, le peintre Cyprien Godebski. Mais ce qu’elle affectionnait par-dessus tout, c’étaient ces promenades à cheval à travers la Camargue — et l’un de ses compagnons de course que l’on voyait arriver des Saintes-Maries-de-la-Mer, Folco de Javon, marquis de Baroncelli, avec qui elle lia une profonde amitié.
Elle avait à sa disposition de nombreux domestiques — cuisinier, valet de chambre, palefrenier, jardinier. Les fréquentes réceptions, l’entretien du Grand Malherbes, parc et jardin nécessitaient un nombreux personnel permanent, en outre des ouvriers agricoles qui venaient durant la journée s’occuper de l’exploitation des vignes.
Pendant la quarantaine d’années passées à Malherbes par Marguerite Hugo, bien des changements eurent lieu, dans l’exploitation des terres agricoles comme dans la vie au domaine. Avec l’âge, elle dut renoncer à ses randonnées à cheval. Elle fut aussi dans l’obligation de réduire son personnel avec l’alourdissement des charges sociales et par la disparition en 1941 des droits d’auteur que recevaient jusque-là les descendants de Victor Hugo. Le domaine du Grand Malherbes devint ainsi sa seule source de revenu.
Mais c’est après la Seconde Guerre mondiale que le domaine connut de graves difficultés. L’inconstance des prix de vente du vin et la surproduction chronique des vins méridionaux se trouvait aggravée par la diminution de la consommation. Malgré les tentatives d’orientation sur d’autres cultures, telles que les pommiers, Marguerite dut se résoudre à vendre le domaine le 22 mai 1971. Elle se retira à Paris, puis à Aix-en-Provence auprès de son demi-frère François Hugo et de son fils adoptif Pierre Hugo. Elle s’éteignit le 15 août 1984 et fut enterrée à Lunel, auprès de son frère Jean Hugo.
La parenthèse Julien — et les asperges
Gérard Julien, nouveau propriétaire, ne conserva le domaine que huit ans. À la suite à un redressement fiscal imposé par l’administration en 1978, il dut se résoudre à vendre.
Quatre agriculteurs s’associèrent pour racheter le domaine et se livrèrent à plusieurs spéculations afin d’en assurer la rentabilité. Dans un premier temps, la viticulture fut conservée — la vinification transférée à la cave coopérative d’Aimargues. Peu à peu, ils s’orientèrent vers la culture de l’asperge : d’abord sur 30 hectares, puis sur plus de 70, ce qui nécessita en période de récolte plus de 120 ouvriers logés sur le domaine. Pendant une dizaine d’années, d’excellents revenus récompensèrent ces cultures maraichères — mais la fusariose (maladie fongique) allait, d’une manière soudaine, mettre fin à tout cela.
Les associés se partagèrent les terres et décidèrent d’une nouvelle destinée pour les bâtiments du domaine : les transformer en lieu de réception. Dans la vaste cave, les cuves en béton furent détruites, les murs mis à nu, l’ancien chai devint une grande salle de banquet. Dans l’ancien corps du château, à l’étage, une gardienne fut logée pour surveiller les locaux et répondre aux demandes de location. Il n’y eut que de rares réceptions, et les résultats étaient décevants. La vente du domaine fut décidée par les associés.
Pendant plus de dix ans, le domaine fut laissé à l’abandon ou peu entretenu. Le lierre recouvrit la majorité des façades et commença à se répandre sur les toitures. Les bambous plantés dans les années 70 s’étendirent jusqu’à la façade principale. Le parc dessiné par Marguerite Hugo fut envahi de lauriers-sauce, rendant ainsi ces lieux patiemment aménagés à la nature. Les platanes bicentenaires entourant le domaine avaient déposé au fil des automnes leur feuillage, rendant l’accès au parc et à certains bâtiments, difficile : plus de 50 centimètres de feuilles s’étaient ainsi accumulées sur les allées.
L’intérieur n’était guère plus engageant. Les derniers propriétaires agricoles avaient laissé l’aménagement des étages et du rez-de-chaussée aux bons vouloirs des ouvriers agricoles : des cloisons montées à la va-vite, des moquettes collées sur les sols en pierre, les plafonds rabaissés pour diminuer le volume à chauffer, des poêles à bois ou à charbon installés un peu partout. Les salons voûtés semblaient avoir été épargnés — mais avaient néanmoins reçu, sur tous les murs et plafonds, un revêtement de gouttelettes en plastique. L’électricité datait des années 1960, avec ses interrupteurs en porcelaine et ses tableaux à gros fusibles tenus pour la plupart par des scotchs. L’assainissement était inexistant, et les eaux usées étaient dirigées vers des puits à fonds perdus.
Mais la « belle endormie » ne demandait qu’à se réveiller.
1999 — Vincent et Dominique Michel
Vingt-cinq ans de travaux commencent...
La métamorphose des espaces
Ce que des mains patientes font à des ruinesVincent a travaillé pendant plus de vingt ans avec un maçon, et dix ans avec un tailleur de pierre. Ensemble — et de ses propres mains — ils ont repensé, reconstruit et créé chacun des espaces du domaine. L’ambition qui guide chaque chantier : que le neuf respire l’ancien, que rien ne paraisse ajouté mais que tout semble avoir toujours été là.
L'aile gauche
Les premières modifications concernent l’aile gauche des bâtiments. Au premier étage comme au rez-de-chaussée, toutes les cloisons et les plafonds sont abattus. Toutes les moquettes sont arrachées, et seuls les sols en pierre — communément connus sous l’appellation « bar de Montpellier » — sont conservés. Au bout de ce même bâtiment, aménagé en grange par les précédents propriétaires, une dalle est coulée pour permettre la création d’une nouvelle chambre. Cette partie du domaine offre désormais 7 chambres.
Au rez-de-chaussée, une cuve à vin qui occupait tout le volume de l’ancienne chapelle du château est démolie. Ce lieu deviendra le bar de l’hôtel. Un vieux bar des années 30 est récupéré puis restauré et deviendra ainsi la pièce maîtresse de cet espace. Des fauteuils club sont chinés, des tables en pierre et fer forgé complètent le mobilier. Une ouverture cintrée en pierre massive est créée pour accéder du bar au salon Baroncelli. Une porte en bois massif trouvée en Espagne ferme le bar.
Dans la pièce voisine — préambule de la chapelle, où trône encore un plafond XVIIIe soutenu par deux colonnes en pierre — une ancienne ouverture murée est découverte et réutilisée pour accéder au bar. Cette pièce deviendra l’accueil de l’hôtel. Le comptoir de la réception, taillé en pierre massive et granit, est installé. La réception se verra offerte une ouverture sur la façade principale, fermée par une porte également chinée en Espagne.
La partie centrale et l'aile droite
Dans la partie centrale du domaine, à laquelle on réservait le nom de château, les trois salons sont restaurés et décapés, laissant apparaître sur les voûtes un revêtement fait de briques ocres et jaunes.
L’aile droite, limitant à l’est la cour intérieure, est par la suite réhabilitée. Ce bâtiment, précédemment utilisé comme réfectoire et cuisine pour les saisonniers agricoles, est transformé en rez-de-chaussée en appartement privatif et à l’étage en chambre.
La salle Grand Malherbes et la salle Cocteau
La grande salle de réception, déjà substituée aux anciens chais par les précédents propriétaires, est repeinte, climatisée — et l’éclairage néon est supprimé pour des lustres en laiton faits maison, complétés par des appliques murales en fer forgé.
L’ancien atelier de réparation des tracteurs, qui abritait également des cuves souterraines, est transformé en salle de réception. Le sol en terre battue est pavé, les murs décapés, la climatisation installée, et des ouvertures pour la mise en conformité sont percées. Une ouverture est aménagée entre la grande salle de réception et ce nouvel espace qui deviendra la salle Cocteau.
Au fur et à mesure de l’avancement des travaux, les toits sont refaits, des poutres changées, et les façades sont décroûtées puis refaites avec des enduits à la chaux.
Les extérieurs
Le parc où aimaient se promener les Ménard-Dorian et Marguerite Hugo est gazonné. Des arbres sont abattus pour libérer l’espace ou pour offrir une vue sur les façades, d’autres sont plantés pour souligner les perspectives. Une fontaine de style y est installée ainsi qu’un kiosque et un banc monumental. Des auges en pierre, chinées, sont disposées tout autour de la partie gazonnée et fleuries en début de printemps.
La cour intérieure est également gazonnée — des massifs de persistants y sont plantés, la fontaine et son bassin agrandis. Les tilleuls que Marguerite Hugo avait plantés — six à l’origine — ombrageaient encore cet espace ; Vincent en retire quatre pour dégager la façade et révéler l’architecture du XVIe siècle. Tous les encadrements de portes et fenêtres sont retravaillés en pierre, toutes les façades restaurées à la chaux.
L'espace piscine : du dépotoir à l'écrin
L’espace piscine, là où ne s’accumulaient que ferraille, vestiges des anciens potagers et poulaillers des ouvriers agricoles, est totalement créé. Six mois de tractopelle pour creuser et façonner le terrain, l’intégralité des galets retirés et remplacés par de la terre végétale. Puis trois ans de travaux : construction de la piscine et de la fontaine, édification de l’orangeraie en pierre de Beaulieu, pose de plus de 1 000 m² de pierre de Bourgogne sur la plage. Les margelles sont façonnées à partir d’appuis de fenêtre récupérés lors de la démolition du couvent des Petites Sœurs des Pauvres à Montpellier.
L’espace reçoit une fontaine et de nombreux types de palmiers — Phoenix, Butia, Washingtonia — des Cycas et des oliviers multi centenaires. Seul élément originel : la noria, qui servait autrefois à irriguer le potager de Marguerite Hugo.
Les Suites face à la piscine
Ce bâtiment servait au stockage et au calibrage des asperges. Sa transformation est totale : rehaussement du sol de 50 centimètres pour respecter les normes du PPRI, rehaussement du toit en conséquence, charpentes refaites avec des poutres anciennes récupérées sur la démolition d’un ancien chai, sol en pierre du Larzac, toutes les ouvertures retravillées en pierre. D’un hangar agricole, Vincent a créé des suites de 50 à 70 m² avec vue directe sur la piscine.
Un patrimoine vivant
Le parc a été planté au XIXe siècle par la famille Ménard-Dorian. Quelques spécimens sont encore là : des noyers d’Amérique, deux lagerstroemias (lilas des Indes) et un cyprès de Provence dépassant les deux cents ans. Il y a une douzaine d’années, Vincent a planté plus de 170 oliviers — chaque arbre sélectionné personnellement pour sa forme et ce qu’il apporte au paysage — pour produire l’huile d’olive du domaine.
La chine comme philosophie
Des piliers de tribunal aux margelles de couvent — vingt-cinq ans à faire parler les matériauxLe domaine ne possédait plus d’entrée ni de portail. Vincent parcourt les ventes aux enchères jusqu’à Paris, où il découvre six piliers monumentaux de style Napoléon III, assortis d’un portail et de grilles de la fin du XIXe siècle, issus d’un tribunal récemment démoli. Trois mois de fondations et de pose. L’entrée restitue au domaine une prestance à la hauteur de ses origines.
Cette même logique se retrouve partout : l’éolienne de 18 mètres récupérée par le père de Vincent, le vieux puits issu d’une démolition, le kiosque construit pour le mariage du frère de Vincent. Dans chaque espace, un ou plusieurs éléments sont là pour arrêter le regard et raconter une histoire — c’est cette cohérence construite sur vingt-cinq ans de patience et de trouvailles qui donne au Domaine du Grand Malherbes son caractère unique.
Venez voir par vous-même
Ces histoires se racontent mieux sur place, et Vincent et Do les connaissent dans leurs moindres détails. Que vous prépariez un mariage, un séminaire, ou que vous cherchiez simplement un lieu qui sorte de l’ordinaire entre Montpellier et Nîmes, ils se feront un plaisir de vous ouvrir les portes — et chaque porte en cache une autre.